{"id":295,"date":"2019-04-06T17:12:07","date_gmt":"2019-04-06T17:12:07","guid":{"rendered":"https:\/\/laweuro.com\/?p=295"},"modified":"2021-09-22T12:51:00","modified_gmt":"2021-09-22T12:51:00","slug":"affaire-kanal-c-turquie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laweuro.com\/?p=295","title":{"rendered":"AFFAIRE KANAL c. TURQUIE (European Court of Human Rights) Requ\u00eate no 55303\/12"},"content":{"rendered":"<p>Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier une violation de l\u2019article 8 de la Convention du fait d\u2019une intervention chirurgicale qui avait eu des cons\u00e9quences pr\u00e9judiciables pour son int\u00e9grit\u00e9 physique. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 55303\/12) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M. Halil Kanal (\u00ab le requ\u00e9rant \u00bb), a saisi la Cour le 7 mai 2012 en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab la Convention \u00bb).<\/p>\n<hr \/>\n<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<br \/>\n<strong>AFFAIRE KANAL c. TURQUIE<\/strong><br \/>\n<em>(Requ\u00eate no 55303\/12)<\/em><br \/>\nARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n15 janvier 2019<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat deviendra d\u00e9finitif dans les conditions d\u00e9finies \u00e0 l\u2019article 44 \u00a7 2 de la Convention. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Kanal c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en une chambre compos\u00e9e de\u00a0:<\/p>\n<p>Robert Spano, pr\u00e9sident,<br \/>\nPaul Lemmens,<br \/>\nI\u015f\u0131l Karaka\u015f,<br \/>\nJulia Laffranque,<br \/>\nValeriu Gri\u0163co,<br \/>\nSt\u00e9phanie Mourou-Vikstr\u00f6m,<br \/>\nIvana Jeli\u0107, juges,<br \/>\net de Stanley Naismith, greffierde section,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 4 d\u00e9cembre 2018,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 55303\/12) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont un ressortissant de cet \u00c9tat, M.\u00a0Halil Kanal (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), a saisi la Cour le 7 mai 2012 en vertu de l\u2019article\u00a034 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2. Le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par Me\u00a0R. Mercan, avocat \u00e0 Antalya. Le\u00a0gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>3. Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier une violation de l\u2019article8 de la\u00a0Convention du fait d\u2019une intervention chirurgicale qui avait eu des cons\u00e9quences pr\u00e9judiciables pour son int\u00e9grit\u00e9 physique.<\/p>\n<p>4. Le 15 mars 2017, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e au Gouvernement.<\/p>\n<p>5. Par une lettre du 3 mai 2017, le greffe a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 du d\u00e9c\u00e8s du requ\u00e9rant, survenu le 22 juin 2014. Les h\u00e9ritiers de ce dernier, Mmes\u00a0G\u00fczide Kanal et Serpil Kurultay Kanal et MM. Osman Kanal et O\u011fuzhan Kanal, ont fait part de leur d\u00e9cision de poursuivre la proc\u00e9dure devant la Cour et d\u2019\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9s par le m\u00eame avocat que leur auteur.Le 4 d\u00e9cembre 2018, la Cour a accueilli la demande (paragraphe 23 ci-dessous). Pour des raisons d\u2019ordre pratique, le pr\u00e9sent arr\u00eat continuera d\u2019appeler M. Halil Kanal le \u00ab\u00a0requ\u00e9rant\u00a0\u00bb bien qu\u2019il faille aujourd\u2019hui attribuer cette qualit\u00e9 \u00e0 ses h\u00e9ritiers (Dalban c. Roumanie [GC], no 28114\/95, \u00a7 1, CEDH 1999-VI, et \u00c7akar c. Turquie, no 42741\/98, \u00a7 2, 23 octobre 2003).<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>6. Le requ\u00e9rant est n\u00e9 en 1938 et r\u00e9sidait, \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, \u00e0 Antalya.<\/p>\n<p>7. Le 26 mai 2003, il subit une prostatectomie totale (dite aussi prostatectomie radicale) \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz pour traiter le cancer de la prostate qu\u2019il pr\u00e9sentait.<\/p>\n<p>8. Lors de l\u2019op\u00e9ration, le canal de l\u2019ur\u00e8tre subit un traumatisme. Le chirurgien mit alors en place une sonde urinaire. Cependant, la sonde sortit de son emplacement plusieurs fois apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration, causant une fibrose post-op\u00e9ratoire et une infection urinaire. Une d\u00e9rivation urinaire rectale fut par la suite propos\u00e9e au requ\u00e9rant. Celui-ci refusa de subir cette intervention chirurgicale \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz.<\/p>\n<p>9. Le 27 octobre 2003, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 fut op\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Cerrahpa\u015fa, o\u00f9une d\u00e9rivation urinaire rectale fut finalement pratiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>10. \u00c0 la suite d\u2019un d\u00e9p\u00f4t de plainte par le requ\u00e9rant pour erreur m\u00e9dicale contre le chirurgien de l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz, le d\u00e9canat de la facult\u00e9 de m\u00e9decine d\u2019Akdeniz mena une enqu\u00eate administrative, sollicitant l\u2019avis de plusieurs sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>11. Le 12 octobre 2004, le chef du service d\u2019urologie de l\u2019h\u00f4pital universitaire Hacettepe rendit son avis. Il concluait son rapport en ces termes\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le chirurgien T.E. n\u2019a commis aucune faute m\u00e9dicale. La situation d\u00e9nonc\u00e9e est une complication de la chirurgie de prostatectomie totale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>12. Unprofesseuren urologie du service d\u2019urologie de l\u2019h\u00f4pital universitaire Marmara estima que le chirurgien mis en cause n\u2019avait commis aucune n\u00e9gligence m\u00e9dicale et qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une complication.<\/p>\n<p>13. Selon un autre sp\u00e9cialiste, professeuren urologie du service d\u2019urologie de l\u2019h\u00f4pital universitaire Istanbul, ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 \u00e9tait, pour le chirurgien, le r\u00e9sultat de la malchance.<\/p>\n<p>14. Entre-temps, le 4 janvier 2004, le requ\u00e9rant avait introduit devant le tribunal administratif d\u2019Antalya une action en responsabilit\u00e9 civile contre l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz tendant \u00e0 son indemnisationpour le pr\u00e9judice subi.<\/p>\n<p>15. Il pr\u00e9senta par la suite,\u00e0 l\u2019appui de sa demande, un rapport d\u2019expertise d\u2019une fondation m\u00e9dicol\u00e9gale \u00e9tabli le 27 ao\u00fbt 2004 par un m\u00e9decin l\u00e9giste, qui concluait que les complications d\u00e9nonc\u00e9es \u00e9taient dues \u00e0 une erreur m\u00e9dicale commise par le chirurgien lors de l\u2019op\u00e9ration de prostatectomie.<\/p>\n<p>16. Le 7 novembre 2006, le tribunal ordonna une expertise m\u00e9dicale aupr\u00e8s de l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal avant de statuer sur le fond de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>17. Le 20 d\u00e9cembre 2006, l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal tint sa r\u00e9union, \u00e0 laquelle il convia un m\u00e9decin l\u00e9giste sp\u00e9cialis\u00e9 en urologie, pour avis.<\/p>\n<p>18. \u00c0 l\u2019issue de sa r\u00e9union, l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal rendit son rapport d\u2019expertise m\u00e9dicale. Les experts observaient que le chirurgien T.E. de l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz avait sectionn\u00e9 le canal de l\u2019ur\u00e8tre du patient lors de l\u2019op\u00e9ration de prostatectomie totale, qu\u2019il avait imm\u00e9diatement pris les mesures n\u00e9cessaires pendant l\u2019op\u00e9ration et que cette situation relevait d\u2019une complication chirurgicale que l\u2019on pouvait observer dans ce type d\u2019op\u00e9ration. Les experts ajoutaient que la sonde urinaire n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 correctement mise en place par le chirurgien T.E., ce qui avait caus\u00e9 une fibrose post-op\u00e9ratoire dans la r\u00e9gion op\u00e9r\u00e9e et un r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019ur\u00e8tre, r\u00e9par\u00e9 par la suite. Ils estimaient que cette situation \u00e9tait \u00e9galement due \u00e0 une complication li\u00e9e \u00e0 la prostatectomie radicale. Ils notaient enfin que le patient \u00e9tait rest\u00e9 longtemps \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, qu\u2019il avait par cons\u00e9quent \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de suivre un traitement antibiotique et que le m\u00e9dicament qu\u2019il avait pris avait des effets ind\u00e9sirables tels que la perte auditive. Les experts concluaient leur rapport en indiquantque les actes m\u00e9dicaux effectu\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz \u00e9taient conformes aux r\u00e8gles m\u00e9dicales.<\/p>\n<p>19. Par un jugement du 15 mars 2007, le tribunal d\u00e9bouta le requ\u00e9rant de sa demande. Il estima, eu \u00e9gard au rapport d\u2019expertise du 20\u00a0d\u00e9cembre 2006, qu\u2019aucune faute ou n\u00e9gligence n\u2019avait \u00e9t\u00e9 commise par l\u2019administration d\u00e9fenderesse.<\/p>\n<p>20. Le requ\u00e9rant forma un pourvoi en cassation contre ce jugement. Il contestait le rapport d\u2019expertise sur lequel la juridiction de premi\u00e8re instance s\u2019\u00e9tait fond\u00e9e. Selon lui, le rapport d\u2019expertise de l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal \u00e9tait insuffisant et ne r\u00e9pondait pas notamment \u00e0 la question de savoir si une faute avait \u00e9t\u00e9 commise par le chirurgien lors de l\u2019op\u00e9ration de prostatectomie totale. Pour le requ\u00e9rant, il ne suffisait pas de conclure qu\u2019il s\u2019agissait simplement d\u2019une complication chirurgicale, mais il fallait r\u00e9pondre pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la question de savoir s\u2019il y avait eu ou non une faute de service de l\u2019administration pendant et apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration subie par lui. \u00c0 cet \u00e9gard, de l\u2019avis du requ\u00e9rant, le rapport de l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal ne contenait pas d\u2019\u00e9l\u00e9ments concrets et objectifs concernant la situation en cause et ne pouvait pas permettre de trancher le litige. L\u2019int\u00e9ress\u00e9 estimait que la probabilit\u00e9 de la survenue d\u2019un risque li\u00e9 \u00e0 l\u2019op\u00e9ration ne dispensait pas le chirurgien d\u2019exercer son art avec diligence. Or, selon lui, le rapport \u00e9tait d\u00e9nu\u00e9 d\u2019explications et de motivations \u00e0 ce sujet et il ne t\u00e9moignait d\u2019aucun contr\u00f4le exerc\u00e9 sur ce point. Par cons\u00e9quent, d\u2019apr\u00e8s le requ\u00e9rant, le tribunal aurait d\u00fb requ\u00e9rir une contre\u2011expertise au lieu de se contenter d\u2019un seul rapport d\u2019expertise pour statuer sur l\u2019affaire.<\/p>\n<p>21. Le 20 mai 2010, le Conseil d\u2019\u00c9tat rejeta le pourvoi en cassation form\u00e9 par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>22. Le 23 novembre 2011, la haute juridiction rejeta \u00e9galement le recours en rectification introduit par le requ\u00e9rant.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I. OBSERVATIONS PR\u00c9LIMINAIRES<\/p>\n<p>23. La Cour note que le requ\u00e9rant est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 22 juin 2014 et que ses h\u00e9ritiers ont exprim\u00e9 leur souhait de poursuivre l\u2019instance. Elle reconna\u00eet \u00e0 Mmes\u00a0G\u00fczide Kanal et Serpil Kurultay Kanal et MM. Osman Kanal et O\u011fuzhan Kanal qualit\u00e9 pour se substituer au requ\u00e9rant dans la pr\u00e9sente instance.<\/p>\n<p>II. SUR LA VIOLATION ALL\u00c9GU\u00c9E DE L\u2019ARTICLE 8 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>24. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue que l\u2019erreurcommise selon lui par le personnel m\u00e9dical lors de son op\u00e9ration de prostatectomie est \u00e0 l\u2019origine des s\u00e9quelles pr\u00e9sent\u00e9es par lui, et il se plaint que son int\u00e9grit\u00e9 physique n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9e, \u00e9tant oblig\u00e9 d\u2019uriner par la voie anale\u00e0 la suite de cette op\u00e9ration. En outre, il soutient ne pas avoir dispos\u00e9 d\u2019un recours effectif pour faire valoir ses droits, la proc\u00e9dure en indemnisation devant les juridictions administratives n\u2019ayant\u00e0 ses dires pas \u00e9t\u00e9 effective. Il invoque les articles\u00a02, 6 et 8 de la Convention.<\/p>\n<p>25. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se.<\/p>\n<p>26. La Cour rappelle qu\u2019en vertu du principe jura novit curia, elle n\u2019est pas tenue par les moyens de droit avanc\u00e9s par les requ\u00e9rants en vertu de la Convention et de ses Protocoles, et elle peut d\u00e9cider de la qualification juridique \u00e0 donner aux faits d\u2019un grief en examinant celui-ci sur le terrain d\u2019articles ou de dispositions de la Convention autres que ceux invoqu\u00e9s par les requ\u00e9rants (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos <a href=\"https:\/\/laweuro.com\/?p=8645\">37685\/10 et 22768\/12<\/a>, \u00a7 126, 20 mars 2018).<\/p>\n<p>27. Dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, la Cour estime qu\u2019il lui faut examiner les faits dont se plaint le requ\u00e9rant sous le seul angle de l\u2019article\u00a08 de la Convention, dans le champ duquel entrent notamment les questions li\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale et physique des individus (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Trocellier c. France (d\u00e9c.), no 75725\/01, 5octobre 2006) et dont les dispositions se lisent comme suit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a01. Toute personne a droit au respect de sa vie priv\u00e9e et familiale, de son domicile et de sa correspondance.<\/p>\n<p>2. Il ne peut y avoir ing\u00e9rence d\u2019une autorit\u00e9 publique dans l\u2019exercice de ce droit que pour autant que cette ing\u00e9rence est pr\u00e9vue par la loi et qu\u2019elle constitue une mesure qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, est n\u00e9cessaire \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 nationale, \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 publique, au bien\u2011\u00eatre \u00e9conomique du pays, \u00e0 la d\u00e9fense de l\u2019ordre et \u00e0 la pr\u00e9vention des infractions p\u00e9nales, \u00e0 la protection de la sant\u00e9 ou de la morale, ou \u00e0 la protection des droits et libert\u00e9s d\u2019autrui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A. Sur la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>28. Le Gouvernement estime que la requ\u00eate est manifestement mal fond\u00e9e.<\/p>\n<p>29. La Cour consid\u00e8re que la requ\u00eate pose des questions de fait et de droit qui n\u00e9cessitent un examen au fond de l\u2019affaire. D\u00e8s lors, la requ\u00eate ne saurait \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article35 \u00a73 de la Convention. Constatant par ailleurs qu\u2019elle ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9, la Cour la d\u00e9clare recevable.<\/p>\n<p><strong>B. Sur le fond<\/strong><\/p>\n<p>30. Le requ\u00e9rant tient le personnel m\u00e9dical de l\u2019h\u00f4pital universitaire Akdeniz pour responsable des s\u00e9quelles pr\u00e9sent\u00e9es par lui \u00e0 la suite del\u2019op\u00e9ration de prostatectomie. \u00c0 l\u2019appui de son all\u00e9gation, il soumet \u00e0 la Cour un rapport d\u2019expertise m\u00e9dicale \u00e9manant d\u2019un organisme priv\u00e9, qui concluait que l\u2019intervention en questionn\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e dans les r\u00e8gles de l\u2019art de la m\u00e9decine, que le suivi post-op\u00e9ratoire avait \u00e9t\u00e9 insuffisant et qu\u2019il avait subi une incapacit\u00e9 de travail de 100\u00a0%. Le requ\u00e9rant all\u00e8gue en outre ne pas avoir dispos\u00e9 de voies de recours effectives permettant de d\u00e9terminer les responsabilit\u00e9s. \u00c0 cet \u00e9gard, il d\u00e9nonce notamment le rapport d\u2019expertise de l\u2019institut m\u00e9dicol\u00e9gal,en ce qu\u2019il se serait content\u00e9 de rappeler l\u2019existence d\u2019un risque de complication dans ce type d\u2019op\u00e9ration sans examiner, dans le cas concret soumis \u00e0 l\u2019avis des experts, la question relative \u00e0 l\u2019existence, ou non, d\u2019une n\u00e9gligence commise par le chirurgien l\u2019ayant op\u00e9r\u00e9, et il reproche aux juridictions administratives de s\u2019\u00eatre fond\u00e9es uniquement sur ce rapport. Il all\u00e8gue \u00e9galement n\u2019avoir pas pu obtenir un examen prompt et effectif de sa cause. Il r\u00e9clame la reconnaissance et la r\u00e9paration de la n\u00e9gligence m\u00e9dicale dont il estime avoir \u00e9t\u00e9 victime.<\/p>\n<p>31. Le Gouvernement conteste cette th\u00e8se. Il d\u00e9clare que les rapports m\u00e9dicaux et les d\u00e9cisions des juridictions nationales ont exclu toute faute m\u00e9dicale ou n\u00e9gligence dans la survenance du pr\u00e9judice. Il affirme que le m\u00e9decin mis en cause n\u2019a pas manqu\u00e9 \u00e0 son devoir de diligence. Selon le Gouvernement,le diagnostic, l\u2019indication et le traitement suivis \u00e9taient en conformit\u00e9 avec les r\u00e8gles m\u00e9dicales. Toujours selon lui, le patient a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9 des risques de l\u2019op\u00e9ration et celle-ci a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e par un chirurgien qualifi\u00e9. Le Gouvernement ajoute que la complication est un \u00e9v\u00e8nement impr\u00e9visible et qu\u2019en cas de survenance d\u2019un tel risque un m\u00e9decin diligent ne peut \u00eatre tenu pour responsable des cons\u00e9quences ind\u00e9sirables en d\u00e9coulant. Il pr\u00e9cise que, dans les circonstances de l\u2019esp\u00e8ce, le m\u00e9decin mis en cause s\u2019est rendu compte de la complication survenue lors de l\u2019op\u00e9ration et qu\u2019il a pris les mesures n\u00e9cessaires. Le Gouvernement \u00e9voque aussi l\u2019enqu\u00eate, minutieuse selon lui, men\u00e9e en droit interne, et il soutient que l\u2019effectivit\u00e9 et la dur\u00e9e de la proc\u00e9dure devant les tribunaux administratifs, et notamment devant la juridiction administrative de premi\u00e8re instance,ne pr\u00eatent le flanc \u00e0 aucune critique.<\/p>\n<p>32. La Cour rappelle que, bien que le droit \u00e0 la sant\u00e9 ne figure pas en tant que tel parmi les droits garantis par la Convention ou ses Protocoles, il est bien \u00e9tabli que les Hautes Parties contractantes ont, parall\u00e8lement \u00e0 leurs obligations positives sous l\u2019angle de l\u2019article 2 de la Convention, une obligation positive sous l\u2019angle de son article 8 consistant, d\u2019une part, \u00e0 mettre en place une r\u00e9glementation imposant aux h\u00f4pitaux publics et priv\u00e9s d\u2019adopter des mesures appropri\u00e9es pour prot\u00e9ger l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique de leurs patients et, d\u2019autre part, \u00e0 mettre \u00e0 la disposition des victimes de n\u00e9gligences m\u00e9dicales une proc\u00e9dure apte \u00e0 leur procurer, le cas \u00e9ch\u00e9ant, une indemnisation de leur dommage corporel (Jurica c.\u00a0Croatie, no\u00a030376\/13, \u00a7 84, 2 mai 2017, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent).<\/p>\n<p>33. Elle rappelle \u00e9galement que les obligations d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a08 co\u00efncident largement avec celles de l\u2019article\u00a02 de la Convention (Brincat et autres c. Malte, nos 60908\/11 et 4 autres, \u00a7 102, 24 juillet 2014, Vasileva c.\u00a0Bulgarie, no 23796\/10, \u00a7 63, 17 mars 2016, et, pour les principes g\u00e9n\u00e9raux, Lopes de Sousa Fernandes c. Portugal [GC], no\u00a056080\/13, \u00a7\u00a7\u00a0185-196, 19 d\u00e9cembre 2017).<\/p>\n<p>34. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que le requ\u00e9rant a subi une intervention chirurgicale pour soigner son cancer de la prostate et que cette op\u00e9ration a entra\u00een\u00e9 des s\u00e9quelles lourdes. Le requ\u00e9rant soutient que le personnel m\u00e9dical est responsable du handicap subi par lui et que les autorit\u00e9s judiciaires ont \u00e9t\u00e9 inefficaces dans l\u2019\u00e9tablissement des responsabilit\u00e9s.<\/p>\n<p>35. La Cour rappelle que dans le contexte d\u2019all\u00e9gations de n\u00e9gligence m\u00e9dicale, les obligations positives mat\u00e9rielles des \u00c9tats en mati\u00e8re de traitement m\u00e9dical sont limit\u00e9es au devoir de poser des r\u00e8gles, c\u2019est-\u00e0-dire de mettre en place un cadre r\u00e9glementaire effectif obligeant les \u00e9tablissements hospitaliers, qu\u2019ils soient publics ou priv\u00e9s, \u00e0 adopter les mesures appropri\u00e9es pour prot\u00e9ger la vie des patients (Lopes de Sousa Fernandes, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 186).<\/p>\n<p>36. M\u00eame lorsque la n\u00e9gligence m\u00e9dicale a \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie, la Cour ne conclut normalement \u00e0 la violation du volet mat\u00e9riel des articles2 et 8 de la Convention que si le cadre r\u00e9glementaire applicable ne prot\u00e9geait pas d\u00fbment la vie ou l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique du patient. D\u00e8s lors qu\u2019un \u00c9tat contractant a pris les dispositions n\u00e9cessaires pour assurer un haut niveau de comp\u00e9tence chez les professionnels de la sant\u00e9 et pour garantir la protection de la vie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des patients, on ne peut admettre que des questions telles qu\u2019une erreur de jugement de la part d\u2019un professionnel de la sant\u00e9 ou une mauvaise coordination entre des professionnels de la sant\u00e9 dans le cadre du traitement d\u2019un patient en particulier suffisent en elles\u2011m\u00eames \u00e0 obliger un \u00c9tat contractant \u00e0 rendre des comptes en vertu de l\u2019obligation positive de prot\u00e9ger le droit \u00e0 la vie et \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique mise \u00e0 sa charge par les articles 2 et 8 de la Convention (Powell c.\u00a0Royaume-Uni (d\u00e9c.), no 45305\/99, CEDH 2000\u2011V, et Sevim G\u00fcng\u00f6r c.\u00a0Turquie (d\u00e9c.), no 75173\/01, 14 avril 2009).<\/p>\n<p>37. La Cour note que, dans les circonstances de la cause, il n\u2019y a pas de controverse entre les parties quant \u00e0 l\u2019existence d\u2019un cadre l\u00e9gislatif et r\u00e9glementaire imposant aux h\u00f4pitaux, qu\u2019ils soient priv\u00e9s ou publics, l\u2019adoption de mesures propres \u00e0 assurer la protection de la vie et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des malades. La contestation porte surl\u2019erreur pr\u00e9tendument commise par un m\u00e9decin pendant une op\u00e9ration chirurgicale et les cons\u00e9quences pr\u00e9judiciables en ayant r\u00e9sult\u00e9 pour le patient, ainsi que sur la capacit\u00e9 du syst\u00e8me judiciaire \u00e0 v\u00e9rifier le respect par l\u2019\u00e9quipe m\u00e9dicale de ses obligations professionnelles et \u00e0 en sanctionner l\u2019\u00e9ventuelle m\u00e9connaissance.<\/p>\n<p>38. D\u00e8s lors, la t\u00e2che de la Cour consiste seulement \u00e0 contr\u00f4ler l\u2019effectivit\u00e9 du recours dont le requ\u00e9rant a us\u00e9 et \u00e0 d\u00e9terminer ainsi si le syst\u00e8me judiciaire a assur\u00e9 la mise en \u0153uvre ad\u00e9quate du cadre l\u00e9gislatif et r\u00e9glementaire con\u00e7u pour prot\u00e9ger le droit \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique des patients. Cela implique de v\u00e9rifier que ledit recours a r\u00e9ellement permis au requ\u00e9rant de faire examiner ses all\u00e9gations et de faire sanctionner toute m\u00e9connaissance de la r\u00e9glementation par le personnel m\u00e9dical qui aurait \u00e9ventuellement \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e.<\/p>\n<p>39. La Cour observe que, \u00e0 l\u2019issue de la proc\u00e9dure administrative, les tribunaux ont rejet\u00e9 la demande d\u2019indemnisation du requ\u00e9rant apr\u00e8s avoir obtenu un rapport d\u2019expertise concluant \u00e0 l\u2019absence de faute du m\u00e9decin mis en cause.<\/p>\n<p>40. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour note que le requ\u00e9rant conteste la pertinence et le caract\u00e8re suffisant de ce rapport. Or il ne lui appartient pas de remettre en cause les conclusions des expertises en se livrant \u00e0 des conjectures, \u00e0 partir des renseignements m\u00e9dicaux dont elle dispose, sur leur caract\u00e8re correct d\u2019un point de vue scientifique (Tysi\u0105c c. Pologne, no 410\/03, \u00a7\u00a0119, CEDH\u00a02007\u2011I, et Yard\u0131mc\u0131 c. Turquie, no 25266\/05, \u00a7 59, 5\u00a0janvier 2010). Elle estime que l\u2019obligation d\u2019appr\u00e9ciation, par les tribunaux, de rapports d\u2019experts m\u00e9dicaux dans des affaires de n\u00e9gligence m\u00e9dicale all\u00e9gu\u00e9e ne peut aller jusqu\u2019\u00e0 imposer des charges inutiles ou disproportionn\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00c9tat dans l\u2019ex\u00e9cution de ses obligations positives d\u00e9coulant de l\u2019article\u00a08. L\u2019intensit\u00e9 de l\u2019\u00e9valuation \u00e0 laquelle les tribunaux doivent se livrer doit \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9e au cas par cas, en tenant compte de la nature de la question m\u00e9dicale concern\u00e9e, de sa complexit\u00e9 et, en particulier, de la question de savoir si le demandeur, all\u00e9guant une faute dans le chef des professionnels de la sant\u00e9, \u00e9tait en mesure de formuler des all\u00e9gations concr\u00e8tes et sp\u00e9cifiques de n\u00e9gligence qui n\u00e9cessitaient une r\u00e9ponse d\u2019experts m\u00e9dicaux charg\u00e9s de fournir un rapport.<\/p>\n<p>41. La Cour rappelle n\u00e9anmoins qu\u2019elle a d\u00e9j\u00e0 jug\u00e9 qu\u2019une proc\u00e9dure \u00e9tait ineffective au regard des obligations proc\u00e9durales lorsque la d\u00e9cision \u00e0 laquelle elle aboutissait \u00e9tait fond\u00e9e sur des rapports d\u2019expertise \u00e9ludant ou n\u2019abordant pas de mani\u00e8re satisfaisante la question centrale que les experts devaient trancher et lorsque les arguments, sinon d\u00e9cisifs, du moins principaux des requ\u00e9rants ne recevaient pas de r\u00e9ponse sp\u00e9cifique et explicite (Altu\u011f et autres c. Turquie, no 32086\/07, \u00a7\u00a7 77-86, 30\u00a0juin 2015, o\u00f9 les rapports m\u00e9dicaux insistaient sur l\u2019existence d\u2019un risque mortel en cas d\u2019injection de p\u00e9nicilline et concluaient \u00e0 l\u2019absence de faute des m\u00e9decins sans chercher \u00e0 d\u00e9terminer si ceux-ci avaient satisfait \u00e0 leurs obligations professionnelles).<\/p>\n<p>42. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour note que le dossier comporte plusieurs rapports d\u2019expertises m\u00e9dicales qui ont apport\u00e9 une r\u00e9ponse sp\u00e9cifique et explicite \u00e0 la question pos\u00e9e par les juridictions nationales (paragraphes 11, 12, 13 et 18 ci-dessus). Les experts ont d\u2019abord observ\u00e9 que le requ\u00e9rant a subi une prostatectomie totale pour traiter le cancer de la prostate dont il souffrait. Ils ont ensuite relev\u00e9 que le chirurgien a malencontreusement sectionn\u00e9 le canal de l\u2019ur\u00e8tre de l\u2019int\u00e9ress\u00e9 lors de cette intervention, qu\u2019il aimm\u00e9diatement pris les mesures n\u00e9cessaires pendant l\u2019op\u00e9ration et que cette situation relevait d\u2019une complication chirurgicale que l\u2019on pouvait observer dans ce type d\u2019op\u00e9ration. Ils ont enfin conclu\u00e0 une absence de faute et donc de responsabilit\u00e9 du m\u00e9decin mis en cause.<\/p>\n<p>43.\u00a0La d\u00e9cision \u00e0 laquelle les tribunaux internes ont abouti \u00e9tait donc fond\u00e9e sur des rapports d\u2019expertises qui abordaient de mani\u00e8re satisfaisante la question centrale que les experts devaient trancher. D\u00e8s lors, la Cour estime que la proc\u00e9dure men\u00e9e en droit interne ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme ineffective sur ce point.<\/p>\n<p>44. En revanche, la Cour rappelle que l\u2019obligation proc\u00e9durale impos\u00e9e par la Convention en mati\u00e8re de soins impose \u00e9galement que la proc\u00e9dure soit men\u00e9e \u00e0 terme dans un d\u00e9lai raisonnable (\u0160ilih c. Slov\u00e9nie [GC], no\u00a071463\/01, \u00a7 196, 9 avril 2009). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour souligne que, outre la question du respect des droits d\u00e9coulant des articles de la Convention dans une affaire donn\u00e9e, des consid\u00e9rations plus g\u00e9n\u00e9rales appellent \u00e9galement un prompt examen des affaires concernant une n\u00e9gligence m\u00e9dicale survenue en milieu hospitalier. La connaissance des faits et des erreurs \u00e9ventuellement commises dans l\u2019administration de soins m\u00e9dicaux est essentielle pour permettre aux \u00e9tablissements concern\u00e9s et au personnel m\u00e9dical de rem\u00e9dier aux d\u00e9faillances potentielles et de pr\u00e9venir des erreurs similaires. Le prompt examen de telles affaires est donc important pour la s\u00e9curit\u00e9 des usagers de l\u2019ensemble des services de sant\u00e9 (Oyal c. Turquie, no\u00a04864\/05, \u00a7 76, 23 mars 2010).<\/p>\n<p>45. En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour rel\u00e8ve que la proc\u00e9dure en indemnisation devant les juridictions administratives a connu une dur\u00e9e excessive que ni le comportement du requ\u00e9rant ni la complexit\u00e9 de l\u2019affaire ne suffisent \u00e0 expliquer, les tribunaux nationaux ayant mis plus de sept ans et dix mois pour statuer sur la demande du requ\u00e9rant. Une telle dur\u00e9e ne r\u00e9pond assur\u00e9ment pas \u00e0 l\u2019exigence du d\u00e9lai raisonnable. \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour estime que pareille lenteur est de nature \u00e0 prolonger une incertitude \u00e9prouvante non seulement pour la partie demanderesse mais aussi pour les professionnels de la sant\u00e9 concern\u00e9s (Lopes de Sousa Fernandes, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0236).<\/p>\n<p>46. D\u00e8s lors, la Cour consid\u00e8re que les autorit\u00e9s n\u2019ont pas apport\u00e9 une r\u00e9ponse judiciaire suffisamment prompte respectant les exigences inh\u00e9rentes \u00e0 la protection du droit \u00e0 l\u2019int\u00e9grit\u00e9 physique du requ\u00e9rant.<\/p>\n<p>47. Il y a donc eu violation du volet proc\u00e9dural de l\u2019article 8 de la Convention.<\/p>\n<p>III. SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE 41 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>48. Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>49. Au titre du pr\u00e9judice mat\u00e9riel et du pr\u00e9judice moral qu\u2019il dit avoir subis, le requ\u00e9rant r\u00e9clame 50\u00a0000 livres turques (TRY) et 150\u00a0000\u00a0TRY respectivement. En compl\u00e9ment de ces sommes, ses h\u00e9ritiers r\u00e9clament un montant total de 90\u00a0000 euros (EUR)pour dommages mat\u00e9riel etmoral. Ils demandent \u00e9galement 13\u00a0000 EUR pour les frais et d\u00e9pens. \u00c0 titre de justificatifs, ils pr\u00e9sentent une note d\u2019honoraires d\u2019un montant de 10\u00a0000\u00a0TRY(soit environ 2\u00a0130 EUR) et une facture de frais de traduction d\u2019un montant de 2\u00a0360 TRY (soit environ 500 EUR).<\/p>\n<p>50. Le Gouvernement conteste les pr\u00e9tentions relatives aupr\u00e9judicemat\u00e9riel et aux frais et d\u00e9pens. En ce qui concerne le pr\u00e9judice moral, il d\u00e9clare laisser \u00e0 la Cour le soin de fixer le montant de l\u2019indemnit\u00e9 \u00e0 allouer en cas de constat de violation.<\/p>\n<p>51. La Cour n\u2019aper\u00e7oit pas de lien de causalit\u00e9 entre la violation constat\u00e9e et le dommage mat\u00e9riel all\u00e9gu\u00e9, et elle rejette la demande y aff\u00e9rente. En revanche, elle consid\u00e8re que le requ\u00e9rant a subi un pr\u00e9judice moral certain et elle estime raisonnable d\u2019accorder \u00e0 ses ayants droit la somme de 7\u00a0500 EUR conjointement \u00e0 ce titre. Quant aux frais et d\u00e9pens, compte tenu de sa jurisprudence et des justificatifs pr\u00e9sent\u00e9s, elle alloue aux h\u00e9ritiers du requ\u00e9rant 2\u00a0500 EUR conjointement \u00e0 ce titre.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1. Dit que les h\u00e9ritiers de M. Halil Kanal, Mmes\u00a0G\u00fczide Kanal et Serpil Kurultay Kanal et MM. Osman Kanal et O\u011fuzhan Kanal, ont qualit\u00e9 pour se substituer \u00e0 lui en l\u2019esp\u00e8ce\u00a0;<\/p>\n<p>2. D\u00e9clarela requ\u00eate recevable\u00a0;<\/p>\n<p>3. Dit qu\u2019il y a eu violation du volet proc\u00e9dural de l\u2019article\u00a08 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>4. Dit<\/p>\n<p>a) que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser conjointement aux h\u00e9ritiers du requ\u00e9rant, dans les trois mois\u00e0 compter du jour o\u00f9 l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a0\u00a7\u00a02 de la Convention, les sommes suivantes, \u00e0 convertir en livres turques, au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement\u00a0:<\/p>\n<p>i. 7\u00a0500 EUR (sept mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral\u00a0;<\/p>\n<p>ii. 2\u00a0500 EUR (deux mille cinq cents euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb par eux \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour frais et d\u00e9pens\u00a0;<\/p>\n<p>b) qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ces montants seront \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>5. Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 15 janvier 2019, en application de l\u2019article 77 \u00a7\u00a7 2 et 3 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p>Stanley Naismith \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 Robert Spano<br \/>\nGreffier \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/laweuro.com\/?p=295\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=295&text=AFFAIRE+KANAL+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29+Requ%C3%AAte+no+55303%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=295&title=AFFAIRE+KANAL+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29+Requ%C3%AAte+no+55303%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=295&description=AFFAIRE+KANAL+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29+Requ%C3%AAte+no+55303%2F12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le requ\u00e9rant all\u00e9guait en particulier une violation de l\u2019article 8 de la Convention du fait d\u2019une intervention chirurgicale qui avait eu des cons\u00e9quences pr\u00e9judiciables pour son int\u00e9grit\u00e9 physique. \u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 55303\/12) dirig\u00e9e contre&hellip;<\/p>\n<p class=\"more-link-p\"><a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/laweuro.com\/?p=295\">Read more &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-295","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-available-in-english"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=295"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16711,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/295\/revisions\/16711"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=295"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=295"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/laweuro.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=295"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}