{"id":491,"date":"2019-04-07T10:41:29","date_gmt":"2019-04-07T10:41:29","guid":{"rendered":"https:\/\/laweuro.com\/?p=491"},"modified":"2019-11-01T18:56:37","modified_gmt":"2019-11-01T18:56:37","slug":"affaire-basar-c-turquie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/laweuro.com\/?p=491","title":{"rendered":"AFFAIRE BA\u015eAR c. TURQUIE (European Court of Human Rights)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\">DEUXI\u00c8ME SECTION<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">AFFAIRE BA\u015eAR c. TURQUIE<br \/>\n(Requ\u00eate no 10015\/10)<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">ARR\u00caT<br \/>\nSTRASBOURG<br \/>\n22 janvier 2019<\/p>\n<p>Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme.<\/p>\n<p><strong>En l\u2019affaire Ba\u015far c. Turquie,<\/strong><\/p>\n<p>La Cour europ\u00e9enne des droits de l\u2019homme (deuxi\u00e8me section), si\u00e9geant en un comit\u00e9 compos\u00e9 de\u00a0:<\/p>\n<p>Ledi Bianku, pr\u00e9sident,<br \/>\nJon FridrikKj\u00f8lbro,<br \/>\nIvana Jeli\u0107, juges,<br \/>\net de Hasan Bak\u0131rc\u0131, greffier adjointde section,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s en avoir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 en chambre du conseil le 18 d\u00e9cembre 2018,<\/p>\n<p>Rend l\u2019arr\u00eat que voici, adopt\u00e9 \u00e0 cette date\u00a0:<\/p>\n<p><strong>PROC\u00c9DURE<\/strong><\/p>\n<p>1.\u00a0\u00a0\u00c0 l\u2019origine de l\u2019affaire se trouve une requ\u00eate (no 10015\/10) dirig\u00e9e contre la R\u00e9publique de Turquie et dont neuf ressortissants de cet \u00c9tat, y compris M. Ey\u00fcphanBa\u015far (\u00ab\u00a0le requ\u00e9rant\u00a0\u00bb), avaient saisi la Cour le 28\u00a0janvier 2010 en vertu de l\u2019article 34 de la Convention de sauvegarde des droits de l\u2019homme et des libert\u00e9s fondamentales (\u00ab\u00a0la Convention\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>2.\u00a0\u00a0Les int\u00e9ress\u00e9s \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9s par Me\u00a0G. Altay, avocate exer\u00e7ant \u00e0 Istanbul. Le gouvernement turc (\u00ab\u00a0le Gouvernement\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9 par son agent.<\/p>\n<p>3.\u00a0\u00a0Le 6 juillet 2015, la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 communiqu\u00e9e au Gouvernement uniquement dans le chef du requ\u00e9rant relativement aux griefs que celui-ci tirait des articles 2 et 3 de la Convention sous leurs volets mat\u00e9riel ainsi que des articles 6 et 13 pour ce qui \u00e9tait des questions proc\u00e9durales y aff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>La requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e irrecevable pour le surplus conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a054 \u00a7 3 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p>Le Gouvernement s\u2019oppose \u00e0 l\u2019examen de la requ\u00eate par un comit\u00e9. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 l\u2019objection du Gouvernement, la Cour la rejette.<\/p>\n<p><strong>EN FAIT<\/strong><\/p>\n<p>I.\u00a0\u00a0LES CIRCONSTANCES DE L\u2019ESP\u00c8CE<\/p>\n<p><strong>A.\u00a0\u00a0Les ant\u00e9c\u00e9dents du requ\u00e9rant et l\u2019op\u00e9ration anti-mutinerie<\/strong><\/p>\n<p>4.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9rant, n\u00e9 en 1966, r\u00e9side actuellement \u00e0 Istanbul. Au moment des faits, il se trouvait d\u00e9tenu, depuis le 29 ao\u00fbt 1994, dans le bloc C de la prison de Bayrampa\u015fa (Istanbul).<\/p>\n<p>5.\u00a0\u00a0Le 20 mai 1996, le requ\u00e9rant entama une gr\u00e8ve de la faim et, plus tard, il fut semble-t-il atteint du syndrome de Wernicke-Korsakoff[1]. Il fut plac\u00e9 sous traitement pour ses crises de nystagmus, la dysarthrie, l\u2019ataxie, les vertiges et pour d\u00e9pression majeure.<\/p>\n<p>6.\u00a0\u00a0Le 10 juillet 2000, le requ\u00e9rant fut conduit \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal d\u2019Ey\u00fcp, afin de d\u00e9terminer son aptitude \u00e0 vivre incarc\u00e9r\u00e9. Lors des examens, il marchait difficilement et b\u00e9gayait, affirmant qu\u2019il ne pouvait supporter les gens parler, car cela lui provoquerait des syncopes convulsives. N\u2019ayant observ\u00e9 aucun d\u00e9ficit neurologique ni un sympt\u00f4me psychopathologique, les m\u00e9decins conclurent que le requ\u00e9rant simulait.<\/p>\n<p>Le 4 ao\u00fbt 2000, le parquet d\u2019Istanbul renvoya derechef le requ\u00e9rant devant l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal, pour le m\u00eame motif que pr\u00e9c\u00e9demment. Dans leur rapport du 6 septembre 2000, les m\u00e9decins \u00e9mirent l\u2019avis que le tableau clinique du requ\u00e9rant ne correspondait pas \u00e0 une maladieirr\u00e9versible, au sens de l\u2019article 104 de la Constitution, lequel habilitait pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 gracier les condamn\u00e9s pour motif de sant\u00e9.<\/p>\n<p>7.\u00a0\u00a0En octobre 2000, dans diff\u00e9rentes prisons, un nombre consid\u00e9rable de d\u00e9tenus entam\u00e8rent des gr\u00e8ves de la faim afin de protester essentiellement contre le projet de cr\u00e9ation des prisons de type F, lequel visait \u00e0 mettre en service des unit\u00e9s de vie plus petites.<\/p>\n<p>Le 19 d\u00e9cembre 2000, les forces de l\u2019ordre intervinrent simultan\u00e9ment dans une vingtaine d\u2019\u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires, dont la prison de Bayrampa\u015fa. Au cours de cette op\u00e9ration, baptis\u00e9e \u00ab\u00a0Retour \u00e0 la vie\u00a0\u00bb (hayatad\u00f6n\u00fc\u015f), de violents heurts survinrent. \u00c0 la prison de Bayrampa\u015fa, l\u2019op\u00e9ration visa notamment le bloc C (paragraphe 4 ci-dessus), o\u00f9 douze\u00a0d\u00e9tenus y trouv\u00e8rent la mort et une cinquantaine furent bless\u00e9s.<\/p>\n<p>8.\u00a0\u00a0Une description d\u00e9taill\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements litigieux ainsi que des proc\u00e9dures diligent\u00e9es \u00e0 la suite de ceux-ci figurent, entre autres, dans les arr\u00eats \u0130smail Altun c. Turquie (no 22932\/02, 21 septembre 2010) et ErolAr\u0131kan et autres c. Turquie (no 19262\/09, 20 novembre 2012), lesquels portent sur le m\u00eame incident. Il convient toutefois de rappeler ci-dessous les circonstances les plus marquantes de la cause.<\/p>\n<p>9.\u00a0\u00a0Le dossier ne contient pas d\u2019informations officielles sur ce qui ait pu arriver au requ\u00e9rant pendant l\u2019op\u00e9ration litigieuse. Cependant, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9 des lieux, il fut bien conduit au service de psychiatrie de l\u2019h\u00f4pital civil de Sa\u011fmalc\u0131lar. Il quitta cet h\u00f4pital de 21 d\u00e9cembre 2000 et fut admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bak\u0131rk\u00f6y, en vertu d\u2019un diagnostic pr\u00e9liminaire de syndrome de Wernicke-Korsakoff et de d\u00e9pression majeure.<\/p>\n<p>Le requ\u00e9rant resta sous surveillance dans cet \u00e9tablissement jusqu\u2019au 6\u00a0f\u00e9vrier 2001 et y subit plusieurs examens. Les r\u00e9sultats de laboratoire et d\u2019imagerie m\u00e9dicale \u00e9tablirent que les crises de spasme, de syncopes et de dysarthrie observ\u00e9es chez le requ\u00e9rant n\u2019avaient aucun lien avec un \u00e9tat \u00e9pileptique ou neuro-pathologique\u00a0; il s\u2019agissait d\u2019un cas de pathomimie et le diagnostic pr\u00e9liminaire \u00e9tait erron\u00e9.<\/p>\n<p>10.\u00a0\u00a0Le 14 f\u00e9vrier 2001, le requ\u00e9rant fut transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison de type\u00a0F d\u2019Edirne. Lors de l\u2019examen m\u00e9dical d\u2019admission, il se plaignit d\u2019une perte de force et de sensation sur le c\u00f4t\u00e9 gauche de son corps. Toutefois, aucun constat m\u00e9dical ne vint objectivisercette plainte.<\/p>\n<p>11.\u00a0\u00a0Le 19 f\u00e9vrier suivant, le requ\u00e9rant tenta de s\u2019immoler, mais il s\u2019en sortit avec de tr\u00e8s faibles br\u00fblures de premier degr\u00e9. Par la suite, \u00e0 la demande du m\u00e9decin p\u00e9nitentiaire, le requ\u00e9rant fut r\u00e9examin\u00e9 les 26\u00a0f\u00e9vrier et 23 mars 2001, par les services de neurologie et de psychiatrie de l\u2019h\u00f4pital civil d\u2019Edirne. Les \u00e9preuves de tomographie et d\u2019\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme ne pr\u00e9sentaient aucune pathologie. \u00c0 compter de cette derni\u00e8re date, le requ\u00e9rant b\u00e9n\u00e9ficia du traitement m\u00e9dicamenteux.<\/p>\n<p>12.\u00a0\u00a0Le 21 f\u00e9vrier 2001, le parquet d\u2019Ey\u00fcp \u2013\u00a0qui constituait un dossier d\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale\u00a0\u2013 chargea l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal d\u2019Ey\u00fcp d\u2019examiner 21\u00a0d\u00e9tenus, dont le requ\u00e9rant. Le rapport y aff\u00e9rent fut d\u00e9pos\u00e9 le 23\u00a0f\u00e9vrier suivant.<\/p>\n<p>S\u2019agissant du requ\u00e9rant, l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal observa que ses examens physiologiques n\u2019avaient pr\u00e9sent\u00e9 aucune anomalie\u00a0; il se plaignait de douleurs au niveau des genoux, \u00e0 l\u2019\u00e9paule gauche, au c\u00f4t\u00e9 gauche du cou, et \u00ab\u00a0un corps \u00e9tranger avait \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 en dessous de son genou\u00a0\u00bb. Les sp\u00e9cialistes prirent aussi note de ce qu\u2019une d\u00e9pression majeure avait \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e auparavant chez le requ\u00e9rant et qu\u2019il avait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un traitement avant d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bak\u0131rk\u00f6y (paragraphe\u00a010 ci-dessus).<\/p>\n<p>Pour l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal, le tableau clinique du requ\u00e9rant n\u2019entra\u00eenait pas de pronostic vital, mais justifiait un arr\u00eat de trois jours.<\/p>\n<p>13.\u00a0\u00a0Le 9 avril 2001, le requ\u00e9rant fut entendu par le procureur pr\u00e8s la prison d\u2019Edirne. Il raconta son parcours et d\u00e9crivit ses diff\u00e9rents probl\u00e8mes de sant\u00e9. Il demanda \u00e0 \u00eatre admis au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019un sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de sa peine pour ce motif ou, alternativement, son transf\u00e8rement dans un \u00e9tablissement proche de sa famille \u00e0 Istanbul ainsi que son admission dans un h\u00f4pital. Le compte-rendu d\u2019audition est muet sur les mauvais traitements qui lui auraient \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9s pendant ou apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration anti-mutinerie.<\/p>\n<p>14.\u00a0\u00a0Le 11 avril 2001, le m\u00e9decin p\u00e9nitentiaire fit part \u00e0 l\u2019administration que requ\u00e9rant pouvait pr\u00e9senter un risque pour lui-m\u00eame ou pour autrui et qu\u2019il \u00e9tait difficile d\u2019esp\u00e9rer une am\u00e9lioration de son \u00e9tat en l\u2019absence d\u2019un accompagnateur.<\/p>\n<p>Selon toute vraisemblance, \u00e0 une date non-pr\u00e9cis\u00e9e, le requ\u00e9rant fut transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison d\u2019Istanbul de type sp\u00e9cial. Le 13 ao\u00fbt 2001, le directeur de cette derni\u00e8re renvoya le requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bak\u0131rk\u00f6yafin de savoir si son \u00e9tat tombait sous le coup de l\u2019article 399 \u00a7\u00a7 1 et 2 de l\u2019ancien Code de proc\u00e9dure p\u00e9nal ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0S\u2019agissant des condamn\u00e9s atteints d\u2019une maladie mentale, l\u2019ex\u00e9cution des peines privatives de libert\u00e9 sera suspendue jusqu\u2019\u00e0 leur r\u00e9tablissement. Cette disposition s\u2019applique \u00e9galement pour d\u2019autres maladies, si l\u2019ex\u00e9cution de la peine privative de libert\u00e9 pr\u00e9sente un risque vital essentiel pour le condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>15.\u00a0\u00a0Le lendemain le requ\u00e9rant fut plac\u00e9 sous surveillance \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique de Bak\u0131rk\u00f6y. Les m\u00e9decins observ\u00e8rent que le requ\u00e9rant ne souffrait d\u2019aucun trouble motrice et que ses crises de crampes et de dysarthrie relevaient plut\u00f4t de pathomimie. Malgr\u00e9 l\u2019intensit\u00e9 de ses pulsions hostiles et agressives, il ne souffrait pas non plus d\u2019un \u00e9pisode psychotique.<\/p>\n<p>16.\u00a0\u00a0Les 5 et 25 avril 2002, le requ\u00e9rant fut r\u00e9examin\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut m\u00e9dico\u2011l\u00e9gal par les neurologues et psychiatres dudit Institut. L\u2019on observa qu\u2019il se d\u00e9pla\u00e7ait \u00e0 l\u2019aide d\u2019un fauteuil roulant et \u00e9tait atteint d\u2019un nystagmus bilat\u00e9ral, de dysm\u00e9trie, de dysdiadococin\u00e9sie, d\u2019apathie, bradykin\u00e9sie et de dysarthrie. Sa parole \u00e9tait accompagn\u00e9e de convulsions et il \u00e9tait marqu\u00e9 par une hypersensibilit\u00e9 aux sons, une perte de m\u00e9moire courte et de capacit\u00e9 cognitive, propres au syndrome de Korsakoff. Sacapacit\u00e9 intellectuelle \u00e9tait d\u00e9faillante.<\/p>\n<p>Partant, le 8 novembre 2002, l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal d\u00e9clara qu\u2019il devait \u00eatre sursis \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de la peine du requ\u00e9rant jusqu\u2019\u00e0 la gu\u00e9rison de sa maladie de Wernicke-Korsakoff, \u00e9tant entendu qu\u2019il\u00e9tait de ce fait inapte \u00e0 continuer \u00e0 purger sa peine, au sens de l\u2019article 399 \u00a7\u00a7 1 et 2 de l\u2019ancien Code de proc\u00e9dure p\u00e9nal, et souffrait d\u2019une pathologie irr\u00e9versible, au sens de l\u2019article 104 \u00a7 b de la Constitution.<\/p>\n<p>La Cour n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e de l\u2019issue r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 cet avis m\u00e9dical.<\/p>\n<p><strong>B.\u00a0\u00a0Les proc\u00e9dures diligent\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce<\/strong><\/p>\n<p><em>1.\u00a0\u00a0La proc\u00e9dure p\u00e9nale ouverte contre les gendarmes pour les blessures et les d\u00e9c\u00e8s survenus pendant l\u2019op\u00e9ration<\/em><\/p>\n<p>17.\u00a0\u00a0\u00c0 l\u2019issue d\u2019une longue phase administrative qui s\u2019est impos\u00e9e entre le 8 mai 2003 et le 21 septembre 2006 afin d\u2019obtenir l\u2019autorisation d\u2019inculper les gendarmes mis en cause, comme l\u2019exigeait la loi\u00a0no\u00a04483 relative \u00e0 la poursuite des fonctionnaires (voir, ErolAr\u0131kan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a7 29 \u00e0 36), le 20 avril 2010, le procureur de la R\u00e9publique de Bak\u0131rk\u00f6y mit finalement en accusation 39 gendarmes du chef d\u2019homicide et de tentative d\u2019homicide dans l\u2019exercice de leurs fonctions. Une action publique fut ainsi ouverte devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y, sous le dossier\u00a0no\u00a02010\/172.<\/p>\n<p>Dans l\u2019acte d\u2019accusation, pour ce qui concernait le requ\u00e9rant, le procureur s\u2019appuyait sur la mention\u00a0\u00ab diverses blessures\u00a0\u00bb, ayant n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab\u00a0un arr\u00eat de trois jours\u00a0\u00bb (paragraphe 13 in limine ci-dessus).<\/p>\n<p>18.\u00a0\u00a0Le 17 f\u00e9vrier 2015, alors que ce proc\u00e8s \u00e9tait encore pendant, le parquet d\u2019Istanbul d\u00e9f\u00e9ra 157 autres membres de la gendarmerie, identifi\u00e9s dans l\u2019intervalle, du fait d\u2019avoir caus\u00e9 la mort de 12 personnes et bless\u00e9 29\u00a0personnes devant la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul, sous le dossier\u00a0no\u00a02015\/144.<\/p>\n<p>Le 5 mars 2015, la cour d\u2019assises d\u2019Istanbul d\u00e9cida de joindre ce dossier au dossier no 2010\/172, qui \u00e9tait en cours d\u2019examen devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y.<\/p>\n<p>19.\u00a0\u00a0Le 6 mai 2015, cette derni\u00e8re refusa la jonction des dossiers susmentionn\u00e9s devant elle, au motif qu\u2019elle n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 consult\u00e9e au pr\u00e9alable. Les juges saisirent la Cour de cassation afin qu\u2019elle se pronon\u00e7\u00e2t sur cette question.<\/p>\n<p>20.\u00a0\u00a0Le 13 juillet 2015, la Cour de cassation d\u00e9clara la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y comp\u00e9tente \u00e0 juger les deux affaires. D\u2019apr\u00e8s les informations contenues dans le dossier, celle-ci devait tenir une audience le 24 mars 2016 et commencer \u00e0 entendre les pr\u00e9venus.<\/p>\n<p>Selon toute vraisemblance, la proc\u00e9dure est toujours pendante.<\/p>\n<p><em>2.\u00a0\u00a0La proc\u00e9dure p\u00e9nale ouverte contre le personnel p\u00e9nitentiaire et les gendarmes pour abus de pouvoir et mauvais traitements lors de l\u2019\u00e9vacuation des d\u00e9tenus<\/em><\/p>\n<p>21.\u00a0\u00a0Le 16 juillet 2001, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ey\u00fcp inculpa 155\u00a0surveillants et gendarmes en poste dans la prison pour abus de pouvoir, au motif qu\u2019ils avaient permis l\u2019introduction d\u2019armes \u00e0 feu dans l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire. Il mit \u00e9galement en accusation 1\u00a0460\u00a0gendarmes,leur reprochant l\u2019infliction de mauvais traitements aux d\u00e9tenus lors de leur \u00e9vacuation au terme de l\u2019op\u00e9ration du 19\u00a0d\u00e9cembre2000.<\/p>\n<p>22.\u00a0\u00a0Le 2 f\u00e9vrier 2007, le tribunal correctionnel d\u2019Ey\u00fcp disjoignit la partie de la proc\u00e9dure diligent\u00e9e contre le personnel de la prison de celle concernant les gendarmes impliqu\u00e9s dans l\u2019\u00e9vacuation des d\u00e9tenus et lui attribua le num\u00e9ro de dossier\u00a02007\/240.<\/p>\n<p>Par un jugement du 23 juin 2008, il d\u00e9clara l\u2019action publique \u00e9teinte pour prescription dans le chef du personnel de la prison, relevant que les faits qui leur \u00e9taient reproch\u00e9s remontaient au 19 d\u00e9cembre 2000 et que le d\u00e9lai de prescription \u00e9tait \u00e9chu depuis le 19 juin 2008. Faute d\u2019appel, cette d\u00e9cision devint d\u00e9finitive le 15 septembre 2008.<\/p>\n<p>23.\u00a0\u00a0Toujours le 23 juin 2008, le tribunal correctionnel d\u2019Ey\u00fcp mit \u00e9galement fin \u00e0 l\u2019action en instance sous le num\u00e9ro de dossier\u00a02001\/934 contre les 1\u00a0460gendarmes susmentionn\u00e9s, pour le m\u00eame motif de prescription.<\/p>\n<p>Certaines parties intervenantes se pourvurent en cassation contre ce jugement.Rien n\u2019indique que le requ\u00e9rant figurait parmi les appelants.Par un arr\u00eat du 31 mai 2011, la Cour de cassation rejeta le pourvoi.<\/p>\n<p><em>3.\u00a0\u00a0La proc\u00e9dure p\u00e9nale ouverte contre les d\u00e9tenus<\/em><\/p>\n<p>24.\u00a0\u00a0Le 27 f\u00e9vrier 2001, le procureur de la R\u00e9publique d\u2019Ey\u00fcp d\u00e9f\u00e9ra devant le tribunal correctionnel d\u2019Ey\u00fcp 167 d\u00e9tenus, dont le requ\u00e9rant, pour r\u00e9bellion.<\/p>\n<p>25.\u00a0\u00a0Le 28 avril 2009, le tribunal d\u00e9clara l\u2019action publique \u00e9teinte par prescription et, le 13 f\u00e9vrier 2012, cette d\u00e9cision fut confirm\u00e9e par la Cour de cassation.<\/p>\n<p>II.\u00a0\u00a0LE DROIT ET LA PRATIQUE INTERNES PERTINENTS<\/p>\n<p>26.\u00a0\u00a0Le droit et la pratique internes pertinents en l\u2019esp\u00e8ce, en vigueur \u00e0 l\u2019\u00e9poque des faits, sont d\u00e9crits dans les arr\u00eats CeyhanDemir et autres c.\u00a0Turquie (no 34491\/97, \u00a7\u00a7 77-80, 13 janvier 2005) et G\u00f6mi et autres c.\u00a0Turquie (no 35962\/97, \u00a7\u00a7 42-45, 21 d\u00e9cembre 2006). Voir \u00e9galement l\u2019arr\u00eat \u0130smail Altun, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a057.<\/p>\n<p><strong>EN DROIT<\/strong><\/p>\n<p>I.\u00a0\u00a0OBJET DU LITIGE<\/p>\n<p>27.\u00a0\u00a0Invoquant les articles 2 et 3 de la Convention, le requ\u00e9rant se plaint d\u2019avoir subi des mauvais traitements lors de l\u2019op\u00e9ration men\u00e9e par les forces de l\u2019ordre le 19 d\u00e9cembre 2000 ainsi que lors de son transf\u00e8rement subs\u00e9quent.<\/p>\n<p>28.\u00a0\u00a0Sur le terrain de l\u2019article 6 de la Convention, ilse plaint en outre de l\u2019ineffectivit\u00e9 de la proc\u00e9dure p\u00e9nale en cours devant les assises de Bak\u0131rk\u00f6y(paragraphes 17 \u00e0 20 ci-dessus) ainsi que l\u2019extinction pour prescription de l\u2019action p\u00e9nale intent\u00e9e contre les gendarmespour mauvais traitements (paragraphes 21 \u00e0 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>29.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9ranttire enfin grief de n\u2019avoir pas dispos\u00e9 d\u2019un recours effectif, au sens de l\u2019article 13 de la Convention, pour faire valoir ses griefs, compte tenu des circonstances d\u00e9nonc\u00e9es ci-dessus sous l\u2019angle de l\u2019article\u00a06.<\/p>\n<p>30.\u00a0\u00a0Le Gouvernement, sous r\u00e9serve de la question de recevabilit\u00e9 de la requ\u00eate, consid\u00e8re que les griefs tir\u00e9s des articles 6 et 13 de la Convention doivent \u00eatre examin\u00e9s seul sous le volet proc\u00e9dural des articles 2 et\/ou 3 de la Convention, selon le cas.<\/p>\n<p>31.\u00a0\u00a0La Cour, au regard du premier grief \u2013\u00a0formul\u00e9 en deux branches (paragraphe\u00a027 ci-dessus)\u00a0\u2013 estime que les \u00e9l\u00e9ments factuels disponibles lui suffisent pour proc\u00e9der \u00e0 une qualification sans qu\u2019il faille pr\u00e9alablement se pencher sur les questions de fond.<\/p>\n<p>\u00c0 cet \u00e9gard, elle rappelle que, lorsqu\u2019il n\u2019y a pas d\u00e9c\u00e8s de la victime, c\u2019est dans des circonstances exceptionnelles que des s\u00e9vices corporels qui auraient \u00e9t\u00e9 subis du fait des agents de l\u2019\u00c9tat peuvent \u00eatre examin\u00e9s sous l\u2019angle de l\u2019article 2 de la Convention, tout d\u00e9pendant, entre autres, du degr\u00e9 et du type de la force utilis\u00e9e ainsi que des intentions et du but non \u00e9quivoques sous-jacents \u00e0 l\u2019emploi de celle-ci (voir, mutatis mutandis, \u0130lhan c.\u00a0Turquie [GC], no 22277\/93, \u00a7 76, CEDH 2000-VII, Makaratzis c.\u00a0Gr\u00e8ce [GC], no 50385\/99, \u00a7 51, CEDH 2004\u2013XI, Tzekov c. Bulgarie, no\u00a045500\/99, \u00a7\u00a040, 23 f\u00e9vrier 2006, et Peri\u015fan et autres c. Turquie, no 12336\/03, \u00a7\u00a089, 20\u00a0mai 2010). Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e de ce principe, la Cour renvoie \u00e0 son arr\u00eat VefaSerdarc. Turquie (no 7309\/04, \u00a7\u00a7 75 \u00e0\u00a080, 27\u00a0janvier 2015).<\/p>\n<p>32.\u00a0\u00a0Dans la pr\u00e9sente affaire, en l\u2019absence d\u2019une all\u00e9gation quelconque d\u2019utilisation d\u2019une arme \u00e0 feu contre le requ\u00e9rant (voir, par exemple, Kavakl\u0131o\u011flu et autres c.Turquie, no 15397\/02, \u00a7 224, 6octobre 2015, et les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent), se pose uniquement la question de savoir si la force utilis\u00e9e \u00e9tait \u00ab\u00a0potentiellement meurtri\u00e8re\u00a0\u00bb, dans le contexte des blessures pr\u00e9tendument caus\u00e9es par des moyens a priori non l\u00e9taux. Or, dans de telles affaires, c\u2019est plut\u00f4t la circonstance que les jours de la victime soient mis en danger qui a une importance d\u00e9terminante quant \u00e0 l\u2019applicabilit\u00e9 de l\u2019article2 de la Convention (voir, par exemple, Peri\u015fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a788 \u00e0 90, D\u00fczova c. Turquie, no 40310\/06, \u00a7 69, 5\u00a0juin 2012, etKavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0226).<\/p>\n<p>33.\u00a0\u00a0Ceci \u00e9tant dit, rien dans le dossier, ni m\u00eame l\u2019unique rapport m\u00e9dical du 21 f\u00e9vrier 2001 qui pr\u00e9conisait un arr\u00eat de travail de trois jours (paragraphe\u00a013 ci-dessus), ne permet de sugg\u00e9rer que le pronostic vital du requ\u00e9rant se trouvait engag\u00e9 en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, la Cour est de l\u2019avis que c\u2019est le volet mat\u00e9riel de l\u2019article\u00a03 de la Convention trouve \u00e0 s\u2019appliquer quant au premier grief, en toutes ses branches.<\/p>\n<p>34.\u00a0\u00a0Quant \u00e0 la seconde dol\u00e9ance au regard des articles 6 et 13 de la Convention (paragraphes 28 et 29 ci-dessus), la Cour rappelle qu\u2019un grief comporte deux \u00e9l\u00e9ments\u00a0: des all\u00e9gations factuelles et des arguments juridiques. En vertu du principe jura novitcuria, elle n\u2019est pas tenue par les moyens de droit avanc\u00e9s par les requ\u00e9rants en vertu de la Convention et de ses Protocoles, et elle peut d\u00e9cider de la qualification juridique \u00e0 donner aux faits d\u2019un grief en examinant celui-ci sur le terrain d\u2019articles ou de dispositions de la Convention autres que ceux invoqu\u00e9s par les requ\u00e9rants (Radomilja et autres c. Croatie [GC], nos <a href=\"https:\/\/laweuro.com\/?p=8645\">37685\/10 et 22768\/12<\/a>, \u00a7\u00a0126, 20\u00a0mars 2018).<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, elle estime, \u00e0 l\u2019instar du Gouvernement (paragraphe\u00a030 ci\u2011dessus), qu\u2019il convient effectivement d\u2019examiner ces griefs \u00e9galement sous l\u2019angle proc\u00e9dural du seul article 3 de la Convention, ainsi libell\u00e9\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nul ne peut \u00eatre soumis \u00e0 la torture ni \u00e0 des peines ou traitements inhumains ou d\u00e9gradants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>II.\u00a0\u00a0SUR LES VIOLATIONS ALL\u00c9GU\u00c9ES DE L\u2019ARTICLE 3 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p><strong>A.\u00a0\u00a0Quant \u00e0 la recevabilit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p><em>1.\u00a0\u00a0Non-\u00e9puisement des voies de recours internes et le caract\u00e8re pr\u00e9matur\u00e9 de la requ\u00eate<\/em><\/p>\n<p>35.\u00a0\u00a0Le Gouvernement tire d\u2019abord argument du caract\u00e8re pr\u00e9matur\u00e9 de la requ\u00eate, dans la mesure o\u00f9 les proc\u00e9dures p\u00e9nales jointes, diligent\u00e9es contre les gendarmes devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y est toujours pendante (paragraphes 17 \u00e0 20 ci-dessus).<\/p>\n<p>36.\u00a0\u00a0La Cour souligne que,si la proc\u00e9dure susmentionn\u00e9e entre assur\u00e9ment en ligne de compte eu \u00e9gard \u00e0 la finalit\u00e9 de l\u2019article 35 \u00a7 1 de la Convention (O\u011fra\u015f et autres c. Turquie (d\u00e9c.), no 39978\/98, 7 mai 2002), cette exception soul\u00e8ve des questions \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 l\u2019examen m\u00eame de l\u2019effectivit\u00e9 de la proc\u00e9dure p\u00e9nale dont il s\u2019agit (Keser et K\u00f6m\u00fcrc\u00fc c.\u00a0Turquie, no 5981\/03, \u00a7 55, 23 juin 2009), donc au bien-fond\u00e9 des dol\u00e9ances portant sur le respect des obligations proc\u00e9durales d\u00e9gag\u00e9es de l\u2019article\u00a03 (Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0151).<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, la Cour joint cette exception au fond.<\/p>\n<p>37.\u00a0\u00a0Le Gouvernement excipe en outre du non-\u00e9puisement de la voie de recours individuel devant la Cour constitutionnelle. \u00c0 cet \u00e9gard, il fait notamment valoir un jugement que celle-ci a adopt\u00e9 le 21 mai 2015 relativement \u00e0 une requ\u00eate introduite le 6 novembre 2013 et portant sur les circonstances d\u2019une autre op\u00e9ration similaire men\u00e9e dans la prison d\u2019Ulucanlar. Dans ce pr\u00e9c\u00e9dent, la Cour constitutionnelle a conclu \u00e0 une violation proc\u00e9durale du droit \u00e0 la vie \u2013\u00a0alors que les faits incrimin\u00e9s remontaient \u00e0 une date ant\u00e9rieure au 23 septembre 2012, \u00e0 savoir la date de l\u2019instauration dudit recours\u00a0\u2013, observant que la proc\u00e9dure p\u00e9nale diligent\u00e9e relativement au d\u00e9c\u00e8s du proche desplaignants \u00e9tait demeur\u00e9e pendante pour plus de 15\u00a0ans.<\/p>\n<p>38.\u00a0\u00a0La Cour note que, depuis 23septembre 2012, la Cour constitutionnelle a comp\u00e9tence pour examiner les recours individuels form\u00e9s par quiconque s\u2019estimant l\u00e9s\u00e9 dans ses droits et libert\u00e9s fondamentaux prot\u00e9g\u00e9s par la Constitution turque ou par la Convention et ses Protocoles (voir, par exemple, \u00d6nkol c. Turquie, no 24359\/10, \u00a7\u00a066, 17\u00a0janvier 2017). Elle observe \u00e9galement que le jugement du 21 mai 2015 susmentionn\u00e9 de la Cour constitutionnelle (paragraphe 37 in fine ci-dessus) pr\u00e9sente effectivement une pertinence, car il porte sur les circonstances factuelles comparables \u00e0 celles de l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>39.\u00a0\u00a0Ceci \u00e9tant, la situation personnelle des requ\u00e9rants fait partie des \u00e9l\u00e9ments dont il faut tenir compte dans l\u2019examen de la question de l\u2019\u00e9puisement d\u2019une nouvelle voie de recours (Kuri\u0107 et autres c.\u00a0Slov\u00e9nie [GC], no 26828\/06, \u00a7 286, CEDH 2012 (extraits)). \u00c0 cet \u00e9gard, la Cour observe que la pr\u00e9sente requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 introduite le 28 janvier 2010, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire environ deux ans et huit mois avant la cr\u00e9ation du recours constitutionnel en question. Il est vrai que, lorsque le requ\u00e9rant a saisi la Cour, l\u2019une des proc\u00e9dures p\u00e9nales dont il se plaignait \u00e9tait toujours pendante (paragraphes 17 \u00e0 20 ci-dessus). Cependant, eu \u00e9gard \u00e0 l\u2019objet principal de l\u2019affaire, la Cour estime en l\u2019esp\u00e8ce qu\u2019il serait peu conforme \u00e0 l\u2019\u00e9quit\u00e9 de demander au requ\u00e9rant d\u2019\u00e9puiser une autre voie de droit cr\u00e9\u00e9e le 23\u00a0septembre 2012.<\/p>\n<p>40.\u00a0\u00a0Ayant d\u00e9j\u00e0 statu\u00e9 en ce sens dans des affaires similaires concernant l\u2019article 3 de la Convention (voir, entre autres, \u015e\u00fckr\u00fcY\u0131ld\u0131z c.\u00a0Turquie, no\u00a04100\/10, \u00a7\u00a7 42-45, 17 mars 2015, et \u00d6nkol, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 67), la Cour conclut derechef \u00e0 l\u2019absence de circonstances particuli\u00e8res justifiant de d\u00e9roger \u00e0 la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale selon laquelle les voies de recours internes \u00e0 \u00e9puiser s\u2019appr\u00e9cient \u00e0 la date \u00e0 laquelle la requ\u00eate a \u00e9t\u00e9 introduite devant la Cour.<\/p>\n<p>Elle rejette en cons\u00e9quence l\u2019exception du Gouvernement.<\/p>\n<p><em>2.\u00a0\u00a0La r\u00e8gle des six\u00a0mois<\/em><\/p>\n<p>41.\u00a0\u00a0Selon le Gouvernement, la requ\u00eate se heurterait \u00e9galement \u00e0 la r\u00e8gle des six mois, parce que le requ\u00e9rant aurait d\u00fb se rendre compte que l\u2019enqu\u00eate p\u00e9nale initi\u00e9e par le parquet d\u2019Ey\u00fcp contre les gendarmes aurait \u00e9t\u00e9 vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec d\u00e8s le 10 avril 2006, date o\u00f9 le pr\u00e9fet d\u2019Istanbul avait une seconde fois refus\u00e9 d\u2019autoriser l\u2019ouverture de poursuites contre les protagonistes (paragraphe 17in limine ci-dessus \u2013 ErolAr\u0131kan et autres c.\u00a0Turquie, no 19262\/09, \u00a7 34, 20 novembre 2012). Partant, la pr\u00e9sente requ\u00eate, introduite le 31 juillet 2009, serait tardive (pour une analyse g\u00e9n\u00e9rale de la question, voir, Varnava et autres c. Turquie [GC], nos\u00a016064\/90 et 8 autres, \u00a7\u00a7 156 \u00e0 159, CEDH\u00a02009).<\/p>\n<p>42.\u00a0\u00a0La Cour rappelle que lorsqu\u2019un requ\u00e9rant utilise un recours apparemment disponible et ne prend conscience que par la suite de l\u2019existence de circonstances qui le rendent ineffectif, il peut effectivement \u00eatre indiqu\u00e9 de consid\u00e9rer comme point de d\u00e9part de la p\u00e9riode de six\u00a0mois la date \u00e0 laquelle l\u2019int\u00e9ress\u00e9 a eu ou aurait d\u00fb avoir pour la premi\u00e8re fois connaissance de cette situation (Edwards c. Royaume-Uni (d\u00e9c.), no\u00a046477\/99, 7 juin 2001). Il en va ainsi notamment lorsque l\u2019on sait d\u2019ordinaire \u00e0 quel moment pr\u00e9cis les faits incrimin\u00e9s, souvent notoires, ont eu lieu, sachant qu\u2019en pareil cas, si une forme d\u2019enqu\u00eate est initi\u00e9e, la stagnation ou l\u2019ineffectivit\u00e9 de celle-ci sont d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale plus facilement d\u00e9celables. Dans de telles circonstances, les requ\u00e9rants sont donc cens\u00e9s prendre des mesures pour se tenir au courant de l\u2019\u00e9tat d\u2019avancement de l\u2019enqu\u00eate et introduire leurs requ\u00eates avec la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 voulue d\u00e8s lors qu\u2019ils savent, ou devraient savoir, qu\u2019aucune enqu\u00eate p\u00e9nale effective n\u2019est men\u00e9e (mutatis mutandis, Bulut et Yavuz c. Turquie (d\u00e9c.), no\u00a073065\/01, 28\u00a0mai 2002, et Bayram et Y\u0131ld\u0131r\u0131m c. Turquie (d\u00e9c.), no\u00a038587\/97, CEDH\u00a02002\u2011III).<\/p>\n<p>43.\u00a0\u00a0Dans la pr\u00e9sente affaire, la d\u00e9cision du 10 avril 2006 du pr\u00e9fet d\u2019Istanbul \u2013\u00a0que le Gouvernement invoque (paragraphe 41 ci-dessus)\u00a0\u2013 a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e le 21septembre 2006 par le tribunal administratif r\u00e9gional (ErolAr\u0131kan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 36). Nul ne saurait donc pr\u00e9tendre que l\u2019enqu\u00eate ne progressaient pas, \u00e9tant entendu qu\u2019\u00e0 partir de ce stade, le requ\u00e9rant pouvait l\u00e9gitimement s\u2019attendre \u00e0 ce que des poursuites soient entam\u00e9es contre les mis en cause. Certes, la pr\u00e9paration du dossier d\u2019inculpation par le parquet de Bak\u0131rk\u00f6y a pris un certain temps, car l\u2019acte d\u2019accusation y aff\u00e9rent n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 que le 20 avril 2010 (paragraphe17 ci-dessus). Cependant, nonobstant les difficult\u00e9s auxquelles le parquet semble s\u2019\u00eatre heurt\u00e9, le requ\u00e9rant pouvait raisonnablement attendre quelques ann\u00e9es avant d\u2019agir (mutatis mutandis, Varnava et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 166), et c\u2019est bien ce qu\u2019il a fait en introduisant sa requ\u00eate le 28 janvier 2010, avec la c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 acceptable dans ce type d\u2019affaires.<\/p>\n<p>44.\u00a0\u00a0Aussi l\u2019exception dont il s\u2019agit doit-elle \u00eatre rejet\u00e9e.<\/p>\n<p><em>3.\u00a0\u00a0Conclusion<\/em><\/p>\n<p>45.\u00a0\u00a0La Cour observe que la requ\u00eate n\u2019est pas manifestement mal fond\u00e9e au sens de l\u2019article 35 \u00a7 3 de la Convention et qu\u2019elle ne se heurte \u00e0 aucun autre motif d\u2019irrecevabilit\u00e9. Elle la d\u00e9clare donc recevable.<\/p>\n<p><strong>B.\u00a0\u00a0Quant au bien-fond\u00e9 des griefs<\/strong><\/p>\n<p><em>1.\u00a0\u00a0Sous le volet mat\u00e9riel de l\u2019article 3 de la Convention<\/em><\/p>\n<p>a)\u00a0\u00a0Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>46.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9rant reprend pour l\u2019essentiel ces griefs principaux (paragraphes 27 \u00e0 29 ci-dessus) puisrelate longuement, en d\u00e9tail, les atrocit\u00e9s qui auraient \u00e9t\u00e9 commises lors de l\u2019op\u00e9ration litigieuse.<\/p>\n<p>47.\u00a0\u00a0Le Gouvernement affirme qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 le requ\u00e9rant n\u2019a subi aucune blessure ayant un lien quelconque avec l\u2019op\u00e9ration. Qu\u2019un rapport de l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal ait fait mention de certains douleurs et de la pr\u00e9sence d\u2019un corps \u00e9tranger sous le genou du requ\u00e9rant ne permet pas, selon lui, de conclure que celui-ci a fait l\u2019objet de s\u00e9vices aux mains des gendarmes.<\/p>\n<p>Les trois jours d\u2019arr\u00eat de travail prescrit dans ce rapport seraient justifi\u00e9s, en r\u00e9alit\u00e9, par l\u2019ensemble des troubles neurologiques et psychiatriques r\u00e9sultant du tableau clinique li\u00e9 au syndrome de Wernicke-Korsakoff, maladie survenue bien avant l\u2019intervention des gendarmes. Quant aux \u00ab\u00a0diverses blessures\u00a0\u00bb mentionn\u00e9es dans l\u2019acte d\u2019accusation du 20\u00a0avril 2010, il suffirait d\u2019observer qu\u2019aucune explication n\u2019est donn\u00e9e par le procureur quant \u00e0 la nature et l\u2019origine de celles-ci.<\/p>\n<p>Par ailleurs, aucune all\u00e9gation ni aucun signe de mauvais traitement n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9 \u00e0 l\u2019examen m\u00e9dical du 14 f\u00e9vrier 2001, lors de l\u2019admission du requ\u00e9rant \u00e0 la prison de type F d\u2019Edirne.<\/p>\n<p>Au demeurant, ni la requ\u00eate ni ses documents annexes ne contiendraient une explication quelconque sur les s\u00e9vices inflig\u00e9s au requ\u00e9rant que ce soit pendant ou apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p>b)\u00a0\u00a0L\u2019appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>48.\u00a0\u00a0D\u2019embl\u00e9e, la Cour observe qu\u2019aucun \u00e9l\u00e9ment v\u00e9rifiable du dossier ne donne \u00e0 penser que le requ\u00e9rant ait activement r\u00e9sist\u00e9 aux forces de l\u2019ordre ou attaqu\u00e9 ses membres, \u00e9tant entendu que l\u2019action publique intent\u00e9e contre lui pour r\u00e9bellion ne tire pas \u00e0 cons\u00e9quence sur ce point, car \u00e9teinte par prescription (paragraphes 24 et 25 ci-dessus).<\/p>\n<p>49.\u00a0\u00a0Il s\u2019ensuit qu\u2019en l\u2019occurrence il aurait normalement incomb\u00e9 au Gouvernement \u2013\u00a0et \u00e0 lui seul\u00a0\u2013 de justifier les mauvais traitements d\u00e9nonc\u00e9s en l\u2019occurrence ainsi que de produire des preuves pertinentes pour r\u00e9futer les griefs du requ\u00e9rant, sans qu\u2019il puisse l\u00e9gitimement tirer argument des \u00ab agissements \u00bb de ce dernier lors des \u00e9v\u00e9nements (voir, parmi beaucoup d\u2019autres, Mansuro\u011flu c. Turquie, no 43443\/98, \u00a7\u00a7 77-78, 26f\u00e9vrier 2008, Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 234 et les r\u00e9f\u00e9rences qui y figurent, ainsi que, Peri\u015fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a095).<\/p>\n<p>Encore faut-il qu\u2019il y ait eu, aux yeux de la Cour,un traitement \u00e0 justifier et des griefs \u00e0 r\u00e9futer.<\/p>\n<p>50.\u00a0\u00a0Dans les circonstances telles que celles incrimin\u00e9es en l\u2019esp\u00e8ce, la Cour reconna\u00eet qu\u2019il peut \u00eatre difficile pour les requ\u00e9rants, tout comme pour leurs repr\u00e9sentants, d\u2019obtenir ou de r\u00e9unir des preuves quant aux mauvais traitements all\u00e9gu\u00e9s. Aussi a-t-elle d\u00e9j\u00e0 admis que pareilles all\u00e9gations puissent \u00eatre \u00e9tay\u00e9es devant elle par des \u00e9l\u00e9ments de preuve qui peuventr\u00e9sulter d\u2019un faisceau d\u2019indices ou de pr\u00e9somptions non r\u00e9fut\u00e9es, suffisamment graves, pr\u00e9cis et concordants (Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0235).<\/p>\n<p>Dans la pr\u00e9sente affaire toutefois,la Cour n\u2019aper\u00e7oit rien de tel.<\/p>\n<p>51.\u00a0\u00a0\u00c0 l\u2019instar du Gouvernement (paragraphe 47 ci-dessus), elle observe en effet que le requ\u00e9rant se limite \u00e0 d\u00e9crire, tant dans sa requ\u00eate que dans ses observations, ce qui serait arriv\u00e9 \u00e0 ses cod\u00e9tenuspendant l\u2019intervention militaire, mais ne fournitpas la moindre explication sur la nature des s\u00e9vices que les gendarmes auraient inflig\u00e9s \u00e0 lui-m\u00eame pendant et apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration.<\/p>\n<p>52.\u00a0\u00a0\u00c0 cet \u00e9gard, il importe \u00e9galement de noter que l\u2019\u00e9pisode qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 entre le transfert du requ\u00e9rant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital civil de Sa\u011fmalc\u0131lar jusqu\u2019\u00e0 son examen par les services de l\u2019h\u00f4pital civil d\u2019Edirne (paragraphes\u00a09 \u00e0 11 ci-dessus) ne fait appara\u00eetre rien qui donne \u00e0 penser que le requ\u00e9rant se soit plaint d\u2019un mauvais traitement quelconque aupr\u00e8s des m\u00e9decins qui l\u2019ont examin\u00e9s. Il n\u2019a pas non plus fait la moindre allusion \u00e0 de tels traitements lors de son audition du 9 avril 2001 par le procureur pr\u00e8s la prison d\u2019Edirne (paragraphe 13 ci-dessus).<\/p>\n<p>53.\u00a0\u00a0Pour la Cour, le r\u00e9cit du requ\u00e9rant sur ce qui ait pu se passer le 19\u00a0d\u00e9cembre 2000 dans la prison de Bayrampa\u015fa, ne saurait s\u2019analyser, \u00e0 lui seul, en un commencement de preuve susceptible d\u2019appuyer ses all\u00e9gations.<\/p>\n<p>Il n\u2019en va pas autrement de l\u2019arr\u00eat de travail de trois jours qui lui a \u00e9t\u00e9 octroy\u00e9 par l\u2019Institut-m\u00e9dical d\u2019Ey\u00fcp (paragraphe 12 ci-dessus). Selon toute vraisemblance, cette recommandation reposait sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du requ\u00e9rant alors souffrant de sympt\u00f4mes physiques et psychiques \u2013\u00a0plus ou moins av\u00e9r\u00e9s\u00a0\u2013 li\u00e9s \u00e0 la gr\u00e8ve de la faim qu\u2019il avait entam\u00e9e bien avant l\u2019op\u00e9ration. Aucune explication n\u2019est au demeurant donn\u00e9e sur l\u2019origine des \u00ab\u00a0douleurs\u00a0\u00bb dont le requ\u00e9rant semble s\u2019\u00eatre plaint lors des examens ni sur le \u00ab\u00a0corps \u00e9tranger\u00a0\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 au niveau de son genou.Si d\u2019aucuns pourraient penser que les dires du requ\u00e9rant relativement \u00e0 l\u2019origine de ces douleurs pourraient avoir \u00e9t\u00e9 sciemment omis dans le rapport de l\u2019Institut-m\u00e9dical, il faudrait alors rappeler que ni le requ\u00e9rant ni son avocat n\u2019ont pas contest\u00e9 la teneur dudit rapport ni n\u2019ont sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019on leur e\u00fbt jamais refus\u00e9 la possibilit\u00e9 de faire constater autrement les s\u00e9vices all\u00e9gu\u00e9s en l\u2019esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>54.\u00a0\u00a0Tels qu\u2019elle se pr\u00e9sente,la situation sus-d\u00e9crite ne diff\u00e8re gu\u00e8re de celle examin\u00e9e dans l\u2019affaire Kavakl\u0131o\u011flu et autres, relativement \u00e0 une partie des requ\u00e9rants qui avaient fait valoir des griefs comparables sur le terrain de l\u2019article 3 de la Convention (arr\u00eat pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 236 \u00e0\u00a0239).<\/p>\n<p>Dans ce contexte, aux yeux de la Cour, quelles qu\u2019aient \u00e9t\u00e9 l\u2019origine des douleurs ou de la blessure au genou susmentionn\u00e9es, celles-ci ont pu \u00eatre occasionn\u00e9es accidentellement ou involontairement apr\u00e8s l\u2019intervention anti-mutinerie. Cet \u00e9pisode, comme il ressort du dossier et du r\u00e9cit du requ\u00e9rant, s\u2019est assur\u00e9ment d\u00e9roul\u00e9 dans des conditions plus ou moins chaotiques et brutales. Il para\u00eet difficile de dissocier le requ\u00e9rant de cette situation \u2013\u00a0dans laquelle il a \u00e9t\u00e9, ne serait-ce qu\u2019indirectement, impliqu\u00e9\u00a0\u2013 ou de pr\u00e9sumer qu\u2019il n\u2019en a point p\u00e2ti. D\u00e8s lors, il ne peut \u00eatre exclu que ces douleurs et cette blessure,vraisemblablement l\u00e9g\u00e8res, ont pu \u00eatre caus\u00e9es pendant l\u2019ex\u00e9cution des mesures d\u2019\u00e9vacuation des dortoirs ou de regroupement et de transf\u00e8rement de d\u00e9tenus, sans qu\u2019il faille forc\u00e9ment reprocher aux gendarmes de les avoir inflig\u00e9es intentionnellement (mutatis mutandis, Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0240).<\/p>\n<p>55.\u00a0\u00a0En bref, tout bien consid\u00e9r\u00e9, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli que le requ\u00e9rant a fait l\u2019objet d\u2019un traitement prohib\u00e9 par l\u2019article 3 et\/ou suffisamment grave pour emporter violation de cette disposition.<\/p>\n<p><em>2.\u00a0\u00a0Sous le volet proc\u00e9dural de l\u2019article 3 de la Convention<\/em><\/p>\n<p>a)\u00a0\u00a0Th\u00e8ses des parties<\/p>\n<p>56.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9rant estime que, compte tenu des r\u00e9sultats obtenus apr\u00e8s tant d\u2019ann\u00e9es de combat judiciaire, il n\u2019y a aucun espoir de voir les responsables r\u00e9pondre de leurs m\u00e9faits.<\/p>\n<p>57.\u00a0\u00a0Selon le Gouvernement, nonobstant les principes clairs qui se d\u00e9gagent de la jurisprudence de la Cour en mati\u00e8re de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 des proc\u00e9dures diligent\u00e9es au niveau national, les enqu\u00eates et les proc\u00e8s men\u00e9s en l\u2019esp\u00e8ce, consid\u00e9r\u00e9s ensemble, ne pr\u00eaterait le flanc \u00e0 aucun critique s\u00e9rieux.<\/p>\n<p>b)\u00a0\u00a0Appr\u00e9ciation de la Cour<\/p>\n<p>58.\u00a0\u00a0D\u2019embl\u00e9e, il \u00e9chet de pr\u00e9ciser que la circonstance que la Cour ne puisse en l\u2019esp\u00e8ce conclure que le requ\u00e9rant a \u00e9t\u00e9 victime de mauvais traitements ne prive pas n\u00e9cessairement son grief de son caract\u00e8re d\u00e9fendable (pour le principe, voir Boyle et Rice c. Royaume-Uni, 27\u00a0avril 1988, \u00a7 52, s\u00e9rie A no 131, et aussi Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7\u00a0242).<\/p>\n<p>M\u00eame si les informations quant \u00e0 la teneur de la plainte formelle d\u00e9pos\u00e9e par le requ\u00e9rant ne sont pas v\u00e9rifiables du fait de la p\u00e9nurie des \u00e9l\u00e9ments de preuve soumis \u00e0 la Cour, force est de supposer qu\u2019il avait fourni aux autorit\u00e9s suffisamment d\u2019\u00e9l\u00e9ments que celles-ci ont consid\u00e9r\u00e9s comme pertinents. En effet, la plainte du requ\u00e9rant a bien \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e \u00e0 l\u2019acte d\u2019accusation du 20 avril 2010, o\u00f9 le procureur de la R\u00e9publique de Bak\u0131rk\u00f6y faisait mention\u00e0 son sujet de \u00ab\u00a0diverses blessures\u00a0\u00bb, ayant entra\u00een\u00e9 \u00ab\u00a0un arr\u00eat de trois jours\u00a0\u00bb (paragraphe 17 ci-dessus). Le procureur n\u2019a donn\u00e9 aucune pr\u00e9cision sur la nature de ce qu\u2019il a qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0blessures\u00a0\u00bb ni sur les origines de celles-ci, en se contentant sans doute d\u2019interpr\u00e9ter les conclusions de l\u2019Institut m\u00e9dico-l\u00e9gal (paragraphes 13 et\u00a053 ci-dessus). Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019acte d\u2019accusation couvrait, en leur qualit\u00e9 de victimes-plaignants, tous les individus d\u00e9c\u00e9d\u00e9s ou bless\u00e9s lors de l\u2019op\u00e9ration litigieuse, y compris le requ\u00e9rant qui, de ce fait, devint partie\u00e0 l\u2019action publique ouverte devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y.<\/p>\n<p>59.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9rant doit donc passer pour avoir soulev\u00e9, sur le terrain de l\u2019article 3, un grief d\u00e9fendable et la conclusion pr\u00e9c\u00e9dente de la Cour quant au volet mat\u00e9riel de cette disposition (paragraphe 55 ci-dessus) ne pr\u00e9juge en rien de l\u2019obligation des autorit\u00e9s nationales de mener une enqu\u00eate effective \u00e0 cet \u00e9gard (voir, par exemple, Kavakl\u0131o\u011flu et autres, ibidem, et les r\u00e9f\u00e9rences qui s\u2019y trouvent).<\/p>\n<p>60.\u00a0\u00a0Or,\u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019exigence de c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 et de diligence implicite dans le contexte des obligations proc\u00e9durales en jeu, il y a lieu de parvenir ici au m\u00eame constat que dans les affaires cit\u00e9es au paragraphe 8 ci-dessus, et ce, nonobstant les difficult\u00e9s qui ont certainement perturb\u00e9 la conduite de cette proc\u00e9dure en raison notamment du nombre important de suspects et de victimes impliqu\u00e9s ainsi que de la complexit\u00e9 \u00e9vidente de l\u2019affaire\u00a0: pr\u00e8s de dix-huit ans apr\u00e8s les faits d\u00e9nonc\u00e9s, l\u2019affaire des gendarmes demeure pendante devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y et elle n\u2019a pas enregistr\u00e9 le moindre progr\u00e8s tangible et fiable susceptible de conduire \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement des faits et des responsabilit\u00e9s \u00e0 raison des \u00ab\u00a0diverses blessures\u00a0\u00bb invoqu\u00e9es par le parquet comp\u00e9tent(pour des situations comparables, voir les arr\u00eats pr\u00e9cit\u00e9s Kavakl\u0131o\u011flu et autres, \u00a7 283, VefaSerdar, \u00a7102, Peri\u015fan et autres, \u00a7\u00a0103, et CeyhanDemir et autres c. Turquie, no 34491\/97, \u00a7\u00a7 10 et\u00a0111, 13\u00a0janvier 2005.<\/p>\n<p>61.\u00a0\u00a0Parvenue \u00e0 ce constat, la Cour n\u2019estime pas devoir se pencher de plus sur l\u2019action p\u00e9nale qui at \u00e9t\u00e9 entam\u00e9e devant le tribunal correctionnel d\u2019Ey\u00fcpcontre 1\u00a0460 gendarmes, pour avoir brutalis\u00e9 les d\u00e9tenus lorsde l\u2019\u00e9vacuation des lieux (paragraphes 21 \u00e0 23 ci-dessus).<\/p>\n<p>62.\u00a0\u00a0En bref, la Cour rejette l\u2019exception tir\u00e9e de la litispendance du proc\u00e8s actuellement en instance devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y (paragraphes\u00a035 et 36 ci-dessus) et conclut \u00e0 la violation proc\u00e9durale de l\u2019article\u00a03 de la Convention.<\/p>\n<p>III.\u00a0\u00a0SUR L\u2019APPLICATION DE L\u2019ARTICLE 41 DE LA CONVENTION<\/p>\n<p>63.\u00a0\u00a0Aux termes de l\u2019article 41 de la Convention,<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si la Cour d\u00e9clare qu\u2019il y a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute Partie contractante ne permet d\u2019effacer qu\u2019imparfaitement les cons\u00e9quences de cette violation, la Cour accorde \u00e0 la partie l\u00e9s\u00e9e, s\u2019il y a lieu, une satisfaction \u00e9quitable.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>A.\u00a0\u00a0Dommage<\/strong><\/p>\n<p>64.\u00a0\u00a0Le requ\u00e9rant r\u00e9clame 50\u00a0000 euros (EUR) au titre du pr\u00e9judice moral.<\/p>\n<p>65.\u00a0\u00a0Le Gouvernement conteste cette pr\u00e9tention, selon lui, exag\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>66.\u00a0\u00a0La Cour a d\u00fbment tenu compte du degr\u00e9 de gravit\u00e9 du cas consid\u00e9r\u00e9 ainsi que des exemples qui ressortent des affaires comparables par les caract\u00e9ristiques des actes incrimin\u00e9s (voir, par exemple, Peri\u015fan et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 117, et Sa\u00e7\u0131l\u0131k et autres c. Turquie (satisfaction \u00e9quitable partielle), nos 43044\/05 et 45001\/05, \u00a7\u00a7 112 \u00e0 118, 5 juillet 2011, et Kavakl\u0131o\u011flu et autres, pr\u00e9cit\u00e9, \u00a7 301 iv). Aussi la Cour, statuant en \u00e9quit\u00e9 comme le veut l\u2019article 41, alloue-t-elle au requ\u00e9rant 5\u00a0000 EUR au titre du dommage moral.<\/p>\n<p><strong>B.\u00a0\u00a0Frais et d\u00e9pens<\/strong><\/p>\n<p>67.\u00a0\u00a0L\u2019avocate du requ\u00e9rant r\u00e9clame 1\u00a0000 EUR pour les frais et d\u00e9pens engag\u00e9s devant la Cour, pr\u00e9cisant que son client serait tenu de s\u2019en acquitter, car il se serait engag\u00e9e \u00e0 ce faire.<\/p>\n<p>68.\u00a0\u00a0Le Gouvernement r\u00e9torque que cette demande n\u2019est pas document\u00e9e.<\/p>\n<p>69.\u00a0\u00a0Selon la jurisprudence de la Cour, un requ\u00e9rant ne peut obtenir le remboursement de ses frais et d\u00e9pens que dans la mesure o\u00f9 se trouvent \u00e9tablis leur r\u00e9alit\u00e9, leur n\u00e9cessit\u00e9 et le caract\u00e8re raisonnable de leur taux.<\/p>\n<p>En l\u2019esp\u00e8ce, la Cour observe que la pr\u00e9tention de la partie requ\u00e9rante n\u2019est pas accompagn\u00e9e de justificatifs, de quittances, de notes ou d\u2019un contrat d\u2019honoraires, ni m\u00eame d\u2019un relev\u00e9 des heures de travail fourni. Dans ces conditions et tenant \u00e9galement compte des dispositions de l\u2019article\u00a060 \u00a7\u00a7\u00a02 et 3 de son R\u00e8glement int\u00e9rieur, elle ne peut accueillir cette demande.<\/p>\n<p><strong>C.\u00a0\u00a0Int\u00e9r\u00eats moratoires<\/strong><\/p>\n<p>70.\u00a0\u00a0La Cour juge appropri\u00e9 de calquer le taux des int\u00e9r\u00eats moratoires sur le taux d\u2019int\u00e9r\u00eat de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne major\u00e9 de trois points de pourcentage.<\/p>\n<p><strong>PAR CES MOTIFS, LA COUR, \u00c0 L\u2019UNANIMIT\u00c9,<\/strong><\/p>\n<p>1.\u00a0\u00a0Joint au fond l\u2019exception pr\u00e9liminaire du Gouvernement concernant la proc\u00e9dure p\u00e9nale pendante devant la cour d\u2019assises de Bak\u0131rk\u00f6y et la rejette\u00a0;<\/p>\n<p>2.\u00a0\u00a0D\u00e9clare la requ\u00eate recevable, sur le terrain de l\u2019article 3 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>3.\u00a0\u00a0Dit qu\u2019il n\u2019y a pas eu violation de l\u2019article 3 de la Convention, sous son volet mat\u00e9riel\u00a0;<\/p>\n<p>4.\u00a0\u00a0Dit qu\u2019il y a eu violation proc\u00e9durale de l\u2019article 3 de la Convention\u00a0;<\/p>\n<p>5.\u00a0\u00a0Dit<\/p>\n<p>a)\u00a0\u00a0que l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur doit verser au requ\u00e9rant, dans les trois mois \u00e0 compter du jour o\u00f9 l\u2019arr\u00eat sera devenu d\u00e9finitif conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019article\u00a044\u00a72 de la Convention, 5\u00a0000 EUR (cinq mille euros), plus tout montant pouvant \u00eatre d\u00fb \u00e0 titre d\u2019imp\u00f4t, pour dommage moral, somme \u00e0 convertir dans la monnaie de l\u2019\u00c9tat d\u00e9fendeur, au taux applicable \u00e0 la date du r\u00e8glement ;<\/p>\n<p>b)\u00a0\u00a0qu\u2019\u00e0 compter de l\u2019expiration dudit d\u00e9lai et jusqu\u2019au versement, ce montant sera \u00e0 majorer d\u2019un int\u00e9r\u00eat simple \u00e0 un taux \u00e9gal \u00e0 celui de la facilit\u00e9 de pr\u00eat marginal de la Banque centrale europ\u00e9enne applicable pendant cette p\u00e9riode, augment\u00e9 de trois points de pourcentage\u00a0;<\/p>\n<p>6.\u00a0\u00a0Rejette la demande de satisfaction \u00e9quitable pour le surplus.<\/p>\n<p>Fait en fran\u00e7ais, puis communiqu\u00e9 par \u00e9crit le 22 janvier 2019, en application de l\u2019article 77 \u00a7\u00a7 2 et 3 du r\u00e8glement de la Cour.<\/p>\n<p>Hasan Bak\u0131rc\u0131\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ledi Bianku<br \/>\nGreffier adjoint\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pr\u00e9sident<\/p>\n<p>_______________<br \/>\n[1].\u00a0\u00a0Selon la litt\u00e9rature m\u00e9dicale, cette maladie, que l\u2019on retrouve entre autres chez les mal nourris, consiste en une combinaison du syndrome de Korsakoff, qui provoque la confusion, l\u2019aphonie et l\u2019affabulation, et d\u2019enc\u00e9phalopathie de Wernicke, caract\u00e9ris\u00e9e par une paralysie des yeux et un nystagmus ; l\u2019individu risque le coma, voire la mort, s\u2019il n\u2019est pas d\u00fbment trait\u00e9 ; ce tableau est consid\u00e9r\u00e9 comme r\u00e9sultant, en principe, d\u2019une carence chronique en thiamine (vitamine B1), substance qui participe au m\u00e9tabolisme du glucose, \u00e9tant entendu qu\u2019en cas de pareille carence toute activit\u00e9 qui n\u00e9cessite la m\u00e9tabolisation du glucose risque d\u2019entra\u00eener la maladie de Wernicke-Korsakoff (voir, TekinY\u0131ld\u0131z c.\u00a0Turquie, n\u00b0\u00a022913\/04, \u00a7 18, 10 novembre 2005).<\/p>\n<div class=\"social-share-buttons\"><a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/sharer\/sharer.php?u=https:\/\/laweuro.com\/?p=491\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Facebook<\/a><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=491&text=AFFAIRE+BA%C5%9EAR+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Twitter<\/a><a href=\"https:\/\/www.linkedin.com\/shareArticle?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=491&title=AFFAIRE+BA%C5%9EAR+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">LinkedIn<\/a><a href=\"https:\/\/pinterest.com\/pin\/create\/button\/?url=https:\/\/laweuro.com\/?p=491&description=AFFAIRE+BA%C5%9EAR+c.+TURQUIE+%28European+Court+of+Human+Rights%29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Pinterest<\/a><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>DEUXI\u00c8ME SECTION AFFAIRE BA\u015eAR c. TURQUIE (Requ\u00eate no 10015\/10) ARR\u00caT STRASBOURG 22 janvier 2019 Cet arr\u00eat est d\u00e9finitif. Il peut subir des retouches de forme. En l\u2019affaire Ba\u015far c. 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